Les battures
Malgré le fait qu'elles portent deux noms différents, l'île aux Grues et l'île aux Oies ne sont en fait qu'une même île reliée par de longues battures. Elles forment à elles seules 52% de la superficie de l'île aux Grues, soit quelque 4000 acres.
Les grandes marées de l'automne et du printemps recouvrent entièrement ces battures pendant quelques heures par jour. Une route moderne n'a pu y être construite que dans les années 1900 et encore, il faut la refaire constamment à cause de l'action des marées qui y creuse de nombreuses ornières. C'est pourquoi, au début de la colonisation, les deux îles étaient considéré indépendantes l'une de l'autre.
Malgré que ce terrain soit semi marécageux, le foin y pousse en abondance et faisait la fortune des premiers seigneurs du lieu. Les cultivateurs ne pouvaient cependant le transporter sur leur ferme à cause de l'éloignement et des mauvais chemins. Pour protéger ce foin des grandes marées, on le plaçait sur des échafauds d'environ deux mètres de hauteur et de longueur variable.

Ce foin était transporté l'hiver en traineau à patins lorsque les fossés étaient gelés, permettant ainsi un accès plus facile puisqu'on n'avait plus à faire plusieurs détours pour y arriver.
L'arrivée des tracteurs, presses à foin et autres instruments modernes a vite rendu cette activité désuète. Le foin se compactait plus facilement et était transporté immédiatement dans la grange du cultivateur. Les échafauds ont fini par disparaitre en servant de bois de chauffage ou en étant emportés par la marée.

C'était le plus expérimenté qui enfêtait la mule
Aujourd'hui, la plupart des cultivateurs ont remplacé ce foin de grève par du trèfle ou de la luzerne, beaucoup plus nutritifs. Maintenant qu'on ne le coupe plus ou qu'on ne le fait plus brûler tous les ans, ce foin est remplacé par des herbes nuisibles comme la sallicaire qui envahit de plus en plus ces prés humides.
Même si cette batture sert de moins en moins aux cultivateurs pour leur récolte de foin, elle a quand même une certaine utilité dont la première est d'être insensible aux sécheresses. La récolte est toujours assurée quelque soit la température. Ses longues grèves adjacentes en font un refuge pour les oiseaux migrateurs et un paradis pour la chasse.
Outre la sauvagine traditionnelle comme oies, canards, sarcelles, bécassines etc...une espèce menacée y fait beaucoup parler d'elle depuis quelques années. Il s'agit du râle jaune qui y trouve un environnement favorable à sa reproduction. Comme c'est un des derniers endroits au Québec ou on peut trouver cette espèce difficile à retracer, plusieurs ornithologues et chercheurs passent leurs nuits sur la batture en espérant capter son appel et pouvoir enfin l'observer.
